Le Gourmet solitaire

Lorsqu’il s’agit de bouffe, j’ai deux vices:

Le premier, c’est la cuisine italienne. Il en a vaguement été question ici. Le second, c’est la cuisine asiatique, mon cœur balançant entre le Vietnam, la Thaïlande et le Japon. Pour souvent s’arrêter sur le Japon.

Comme tout le monde, j’ai découvert la cuisine japonaise en passant par les sushis il y a maintenant quelques années. Comme tout le monde, je m’étais dit alors « du poisson cru? pouah! quelle drôle d’idée! ». J’étais jeune et ignorante à l’époque, et mon alimentation se composait alors quasiment exclusivement de Yum Yum, il faut m’excuser. Puis j’ai goûté, et j’ai senti mes pupilles se dilater. Les japonnais, ces génies.

Étant de nature curieuse, j’ai vite compris que les sushis n’étaient qu’une infime partie du patrimoine culinaire du pays du soleil levant. Alors j’ai un peu creusé la question, aidée par une camarade de promo japonaise. Je me suis mise à la soupe miso, à leurs fantastiques omelettes, au teriaki, et à la variété des recettes à base de viande, les fritures… j’en salive. Et surtout la manière dont les japonais peuvent faire de la cuisine un rituel, et de leurs assiettes des tableaux. C’est simple, en plus de me donner faim, ça me fascine.

Et c’est dans ce contexte mêlant admiration sans limite et gargouillis d’estomac que je suis tombée, au détour du rayon Manga de la médiathèque sur ce petit bijou: Le Gourmet solitaire, de Jirô Tanigushi.

Le gourmet solitaire

Jirô Taniguchi, c’est cet illustrateur de génie à qui on doit par exemple Le Sommet des dieux, et le fameux Quartier Lointain (dont je recommande chaudement la lecture accompagnée d’une tasse de Genmaïcha, ce succulent thé vert japonnais aux grains de riz soufflés). Son trait, aussi fin que gracieux est un vrai bonheur pour les yeux. Et quand il se met à parler de cuisine japonaise, c’est un peu apothéose.

Ce que l’on sait du gourmet solitaire se résume au titre: c’est un homme, probablement un commercial, qui sillonne le Japon pour des raisons professionnelles. Souvent seul, il a fait de la nourriture un vrai compagnon de voyage, une amie fidèle, une porte d’entrée sur les autres. A chacun de ses voyages, ces pas le mènent dans une gargote populaire différente, ou il déguste des plats simples et typiques en observant ce qui l’entoure, et en s’ouvrant parfois à ces camarades de tablée. Chaque page est une nouvelle gourmandise. Chaque plat qu’il commande une nouvelle fenêtre sur le japon, et pour nous, occidentaux, une invitation au voyage. D’autant que notre héros (qui n’a absolument rien d’héroïque) prend un malin plaisir à analyser ses plats, magistralement illustrés. Tout y passe, les goûts, les couleurs, le prix. On est à table avec lui, les fumets viennent chatouiller nos narines. Je le confesse. En lisant le gourmet solitaire, j’ai fait en sorte de déguster chaque page le plus longtemps possible, afin de profiter au maximum de toutes les saveurs qui s’en dégagent. Et quand j’ai fermé mon livre, c’est finalement la frustration qui l’a emporté: dans mon frigo, ne restaient plus qu’un malheureux yaourt à l’ananas et une pauvre tranche de jambon.

A lire donc… mais de préférence juste avant de se rendre dans un vrai bon restaurant japonais.

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